Choisir un métier en 2026 quand on ne sait pas à quoi ressembleront les métiers en 2040
65 % des métiers de 2040 n'existent pas encore, dit-on. Et si la bonne question n'était pas « quel métier choisir » mais « quelle capacité développer » ?
Constantin Mardoukhaev
Co-fondateur, Axiom Academic · Publié le 8 avril 2026
7 min de lecture
Sommaire
- Ce qu’on sait vraiment sur les métiers de demain
- Les métiers ne « disparaissent » pas, ils mutent
- Trois grandes tendances qu’on peut observer avec certitude
- Les 4 capacités qui ne se dévalueront pas
- 1. Apprendre à apprendre
- 2. Communiquer avec des humains (pas juste écrire)
- 3. Résoudre des problèmes flous
- 4. Travailler avec l’IA (pas contre elle)
- Ce que je dis aux familles qui me contactent
- Un dernier mot sur l’angoisse parentale
- À retenir
- Pour aller plus loin
On m’a répété cette phrase des dizaines de fois quand j’accompagne des familles : « 65 % des enfants qui entrent aujourd’hui à l’école primaire exerceront un métier qui n’existe pas encore. » C’est une citation attribuée au Forum Économique Mondial (rapport The Future of Jobs, 2016). Elle est devenue un lieu commun de l’orientation, et elle est à la fois vraie et profondément trompeuse.
Vraie parce que oui, des métiers naissent et d’autres meurent, c’est une constante historique. Trompeuse parce qu’elle paralyse au lieu d’éclairer : si on ne sait pas quels métiers existeront, à quoi bon choisir une voie ?
Cet article essaie de dépasser cette paralysie. Pas en prédisant l’avenir (je ne suis pas devin), mais en identifiant ce qui ne change pas dans un monde qui change beaucoup — et ce que ça implique concrètement pour un lycéen qui fait ses choix maintenant.
Ce qu’on sait vraiment sur les métiers de demain
Les métiers ne « disparaissent » pas, ils mutent
L’exemple classique : le métier de « secrétaire » a quasi disparu sous sa forme des années 1980 (sténo-dactylo, classement papier, standard téléphonique). Mais les compétences de la secrétaire — organiser, coordonner, communiquer, prioriser, sont aujourd’hui réparties dans une dizaine de métiers (office manager, assistante de direction, project coordinator, executive assistant). Le métier a muté, pas disparu.
L’IA va accélérer ce phénomène : les tâches répétitives et documentaires d’un métier seront absorbées par des outils. Mais le cœur humain du métier (le jugement, la relation, la créativité, la responsabilité) reste. Et ce cœur se retrouve dans un nouveau métier, souvent mieux payé et plus intéressant que l’ancien.
Trois grandes tendances qu’on peut observer avec certitude
1. La valeur se déplace vers l’interprétation, pas la production. Produire un texte, un code, un design standard — l’IA le fait. Interpréter un besoin, juger une situation, prendre une décision dans l’incertitude — l’IA ne le fait pas. Les métiers de demain seront des métiers d’interprétation.
2. La transversalité vaut plus que la spécialisation étroite. Un ingénieur qui comprend le business, un juriste qui comprend la tech, un médecin qui comprend les données : ces profils hybrides sont déjà les plus recherchés et ça va s’intensifier.
3. La capacité d’apprendre vaut plus que ce qu’on a appris. Un diplôme d’ingénieur en 2026, c’est une preuve que vous savez apprendre des choses difficiles. C’est cette capacité qui a de la valeur, pas le contenu spécifique du programme (qui sera en partie obsolète dans 10 ans).
Les 4 capacités qui ne se dévalueront pas
Plutôt que « quel métier choisir », je propose aux familles que j’accompagne de se demander : quelles capacités mon enfant doit-il développer pour être résilient dans un monde qui change ?
1. Apprendre à apprendre
C’est la méta-compétence, celle qui rend toutes les autres possibles. Un élève qui sait apprendre par lui-même (lire une documentation technique, suivre un MOOC, expérimenter, demander de l’aide au bon endroit) sera capable de changer de métier 3 fois dans sa vie sans drame.
Ce que ça implique pour l’orientation : privilégier les formations qui apprennent à apprendre (prépa, grandes écoles, universités de recherche exigeantes) plutôt que les formations qui apprennent « un métier » de manière étroite. Le BTS n’est pas moins bon, mais il doit être complété par une poursuite d’études si on veut cette capacité à long terme.
2. Communiquer avec des humains (pas juste écrire)
Négocier, convaincre, écouter, reformuler, présenter devant un public, gérer un conflit : ces compétences sont anti-IA par nature. L’IA rédige bien, mais elle ne négocie pas, elle ne rassure pas un patient, elle ne motive pas une équipe.
Ce que ça implique : les expériences de leadership au lycée (délégué, association, sport d’équipe, théâtre) ne sont pas du remplissage de CV, ce sont des terrains d’entraînement pour la compétence la plus irremplaçable du XXIe siècle.
3. Résoudre des problèmes flous
Un « problème flou », c’est un problème mal défini, ambigu, avec des données incomplètes et des parties prenantes aux intérêts contradictoires. Par opposition aux problèmes bien posés des exercices de maths. La vraie vie professionnelle est faite de problèmes flous.
Ce que ça implique : les formations qui confrontent les étudiants à des projets ouverts (stages, cas d’entreprise, recherche, hackathons) développent cette capacité. Les formations qui ne font que des QCM et des exercices à solution unique ne la développent pas.
4. Travailler avec l’IA (pas contre elle)
Ce n’est pas « apprendre à coder » (même si c’est utile). C’est comprendre ce que l’IA peut faire, ce qu’elle ne peut pas faire, et comment l’utiliser dans son domaine. Un avocat qui utilise l’IA pour accélérer sa recherche jurisprudentielle est 3 fois plus productif qu’un avocat qui refuse de s’en servir. Un médecin qui utilise l’IA d’aide au diagnostic est plus fiable qu’un médecin qui s’en passe.
Ce que ça implique : quelle que soit la filière choisie, une culture numérique de base est nécessaire. Pas nécessairement un diplôme en informatique — mais une familiarité avec les outils, une curiosité pour la tech, et l’absence de peur face à un nouvel outil.
Ce que je dis aux familles qui me contactent
Quand un parent me dit « mon enfant ne sait pas quel métier choisir et ça m’angoisse », ma réponse est en deux temps :
Premier temps : « C’est normal. À 17 ans, personne ne sait. Et c’est bien de ne pas savoir, parce que choisir trop tôt un métier ultra-spécifique, c’est se mettre en risque si ce métier mute dans 10 ans. »
Second temps : « La question n’est pas quel métier, c’est quelle voie développe le mieux les capacités dont votre enfant aura besoin quoi qu’il arrive : apprendre à apprendre, communiquer, résoudre des problèmes flous, travailler avec la tech. »
Et ensuite, on regarde concrètement quelles formations développent ces 4 capacités, en fonction du profil de l’enfant (sciences ? Lettres ? Les deux ? Encadrement ou autonomie ?). Le métier vient après — et il viendra, parce qu’un étudiant bien formé dans les 4 capacités trouve toujours sa voie, même si elle n’existait pas quand il a commencé.
Un dernier mot sur l’angoisse parentale
L’angoisse « je ne sais pas quel métier choisir pour mon enfant » est souvent une angoisse des parents, pas de l’enfant. L’adolescent, lui, a souvent une intuition (parfois vague, parfois très claire) de ce qui l’intéresse. Le rôle des parents n’est pas de choisir le métier à sa place, ni de lui imposer une voie « sûre ». C’est de lui donner les conditions pour développer les 4 capacités, et de lui faire confiance pour construire la suite.
Les études supérieures ne sont pas un investissement financier qui doit « rapporter ». Ce sont les fondations cognitives d’une vie professionnelle de 40 ans. Et les meilleures fondations ne sont pas celles qui prédisent le futur, ce sont celles qui permettent de s’adapter à n’importe quel futur.
À retenir
- « 65 % des métiers de 2040 n’existent pas » est à la fois vrai et trompeur. Les métiers mutent, ils ne disparaissent pas dans le vide.
- La bonne question n’est pas « quel métier » mais « quelles capacités développer » : apprendre à apprendre, communiquer, résoudre des problèmes flous, travailler avec l’IA.
- Les formations qui développent ces 4 capacités sont celles qui confrontent les étudiants à la complexité (projets, recherche, stages, pluridisciplinarité), pas celles qui enferment dans un programme rigide.
- L’angoisse du « bon choix de métier » est souvent une angoisse parentale. Le rôle des parents est de donner les conditions, pas de choisir le métier.
- Un étudiant bien formé dans les 4 capacités trouvera toujours sa voie, même si elle n’existait pas quand il a commencé.
Pour aller plus loin
- L’IA va-t-elle vraiment remplacer les métiers que mon enfant prépare aujourd’hui ?
- Forum Économique Mondial — The Future of Jobs
- OCDE — Perspectives de l’emploi
Article rédigé par Constantin Mardoukhaev, co-fondateur d’Axiom Academic. Constantin accompagne des familles francophones dans leurs choix d’orientation, y compris quand la seule certitude est qu’on ne peut pas prédire l’avenir.