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Le guide des études supérieures

Que faire si votre enfant veut faire « quelque chose qui n'existe pas vraiment » ?

Votre enfant veut créer un podcast, devenir game designer ou lancer une startup food tech. Quelles études correspondent ?

Photo de Mathieu Choplain

Mathieu Choplain

Co-fondateur, Axiom Academic · Publié le 12 avril 2026

7 min de lecture

Sommaire
  1. Pourquoi ces projets déstabilisent les parents
  2. Le réflexe ONISEP
  3. Le biais de la sécurité
  4. La méthode : traduire le projet en compétences
  5. Étape 1 — Décomposer le projet en briques
  6. Étape 2 — Identifier les formations qui développent ces compétences
  7. Étape 3 — Accepter que le chemin ne sera pas linéaire
  8. Les 5 formations qui accueillent le mieux les profils atypiques
  9. 1. Sciences Po (Paris et IEP de région)
  10. 2. Les doubles-licences
  11. 3. Les BUT (Bachelor Universitaire de Technologie)
  12. 4. Les écoles de création numérique
  13. 5. L’entrepreneuriat étudiant (Pépite / Statut étudiant-entrepreneur)
  14. Ce que le parent doit faire (et ne pas faire)
  15. À faire
  16. À ne pas faire
  17. À retenir
  18. Pour aller plus loin

« Maman, je veux être créateur de contenu éducatif. » « Papa, je veux travailler dans le game design narratif. » « Je veux faire de la stratégie climatique pour les villes. » « Je veux monter ma boîte dans la food tech. »

Quand un parent entend ça, la réaction est souvent un mélange de perplexité et d’inquiétude : « C’est quoi, concrètement ? Ça s’apprend où ? Il y a des débouchés ? C’est un vrai métier ? »

La réponse honnête : souvent, non, pas encore. Mais ça ne veut pas dire que le projet de l’enfant est fantaisiste. Ça veut dire qu’il vise un métier en construction, et que la question n’est pas « est-ce que ce métier existe ? » mais « quelles compétences faut-il développer pour être en position de le créer ? ».

Pourquoi ces projets déstabilisent les parents

Le réflexe ONISEP

Les parents ont grandi avec une vision de l’orientation où chaque métier a une fiche, un diplôme, une voie d’accès. L’ONISEP a répertorié ~700 métiers avec leurs parcours-types. Quand l’enfant décrit un projet qui ne correspond à aucune fiche ONISEP, le parent conclut : « ça n’existe pas ».

Mais beaucoup de métiers d’aujourd’hui n’avaient pas de fiche ONISEP il y a 10 ans : data scientist, UX researcher, product manager, growth hacker, content strategist, prompt engineer. Ces métiers n’ont pas été « inventés » par des gens qui avaient fait un cursus dédié. Ils ont été créés par des gens qui avaient les bonnes compétences et qui se trouvaient au bon endroit au bon moment.

Le biais de la sécurité

Le parent veut que son enfant ait un métier « sûr ». Médecin, ingénieur, avocat : ces mots rassurent parce qu’ils existent depuis longtemps et qu’on sait à quoi s’attendre. « Créateur de contenu éducatif » ne rassure personne parce que personne ne peut garantir que ça paiera dans 5 ans.

Mais le monde du travail de 2026 ne rassure personne non plus. Les métiers « sûrs » d’hier se transforment sous l’effet de l’IA, de la numérisation, de la mondialisation. Un enfant qui développe des compétences transférables (communiquer, résoudre des problèmes, créer, entreprendre) sera plus résilient qu’un enfant qui s’est enfermé dans une fiche métier figée.

La méthode : traduire le projet en compétences

Quand un enfant décrit un projet « qui n’existe pas », le rôle du parent (ou du conseiller) est de traduire ce projet en composantes qui, elles, correspondent à des formations existantes.

Étape 1 — Décomposer le projet en briques

Demandez à l’enfant de décrire une journée type dans ce métier rêvé. Pas le titre, pas le prestige, le quotidien. Qu’est-ce qu’il ferait de 9h à 18h ?

Exemples :

Projet de l’enfantJournée type décriteBriques de compétences identifiées
« Créateur de contenu éducatif »Écrire des scripts, filmer, monter, publier, analyser les stats, interagir avec la communautéCommunication, production audiovisuelle, marketing digital, pédagogie
« Game designer narratif »Écrire des scénarios interactifs, collaborer avec des développeurs, tester des prototypesÉcriture créative, programmation de base, design d’interaction, gestion de projet
« Stratégie climatique pour les villes »Analyser des données environnementales, rédiger des rapports, présenter devant des élusSciences de l’environnement, data analysis, communication politique, urbanisme
« Food tech entrepreneur »Développer un produit alimentaire, lever des fonds, gérer une équipe, négocier avec des distributeursSciences alimentaires ou ingénierie, business/entrepreneuriat, marketing, négociation

Étape 2 — Identifier les formations qui développent ces compétences

Une fois les briques identifiées, on cherche les formations qui en couvrent au moins 2-3 simultanément. L’enfant n’a pas besoin d’une formation qui enseigne exactement son « métier rêvé » : il a besoin d’une formation qui lui donne les outils pour construire ce métier.

Briques de compétencesFormations adaptées
Communication + marketing digital + audiovisuelLicence info-com, école de journalisme, BTS audiovisuel, Bachelor digital marketing
Écriture créative + programmation + design d’interactionÉcole de game design (ENJMIN, Rubika, Supinfogame), licence informatique + ateliers d’écriture, BUT MMI
Environnement + data + communication politiqueLicence géographie/environnement → master urbanisme, Sciences Po parcours transition écologique, école d’ingénieur AgroParisTech
Sciences alimentaires + businessÉcole d’ingénieur agro (AgroParisTech, ENSAIA) + spécialisation entrepreneuriat, double-diplôme ingénieur-manager

Étape 3 — Accepter que le chemin ne sera pas linéaire

Un enfant qui veut « créer des podcasts éducatifs » ne sortira pas de sa licence avec un poste « créateur de podcasts éducatifs ». Il sortira avec des compétences en communication, un portfolio de projets personnels, et un réseau dans le milieu, et c’est à partir de là qu’il construira le métier qu’il a en tête.

Les parcours non linéaires sont la norme dans les métiers créatifs, entrepreneuriaux et numériques. La formation initiale n’est pas le métier, c’est la rampe de lancement.

Les 5 formations qui accueillent le mieux les profils atypiques

1. Sciences Po (Paris et IEP de région)

Sciences Po ne forme pas à un métier spécifique : il forme à penser, argumenter, comprendre le monde, et s’adapter. Les débouchés sont volontairement larges : journalisme, consulting, ONG, politique, tech, culture. C’est la formation idéale pour un enfant qui a « un projet flou mais une tête bien faite ».

2. Les doubles-licences

Licence économie-sociologie, lettres-informatique, droit-langues, maths-philosophie… Les combinaisons inhabituelles sont souvent les plus adaptées aux projets qui « n’existent pas », parce qu’elles produisent des profils hybrides que personne d’autre n’a.

3. Les BUT (Bachelor Universitaire de Technologie)

Le BUT en 3 ans est un excellent compromis entre théorie et pratique. Le BUT MMI (Métiers du Multimédia et de l’Internet), le BUT Information-Communication, et le BUT Informatique sont les plus ouverts aux profils créatifs-tech.

4. Les écoles de création numérique

ENJMIN (jeu vidéo), Gobelins (animation/image), Rubika, Supinfogame, HETIC, La Web School Factory : ces écoles forment à des métiers que les grandes écoles traditionnelles ne couvrent pas. Elles sont souvent les seules à avoir des formations en game design, UX design, creative technology.

5. L’entrepreneuriat étudiant (Pépite / Statut étudiant-entrepreneur)

Si l’enfant veut monter sa boîte, le dispositif Pépite (réseau national de pôles étudiants pour l’innovation) permet d’obtenir un Statut National d’Étudiant-Entrepreneur (SNEE), qui donne accès à un accompagnement, un espace de coworking, un réseau de mentors, et la possibilité de remplacer un stage par son projet entrepreneurial.

Ce que le parent doit faire (et ne pas faire)

À faire

  • Écouter le projet sans le juger (même s’il vous semble farfelu)
  • Aider à décomposer le projet en briques de compétences (méthode ci-dessus)
  • Encourager les expériences concrètes (stage, projet personnel, bénévolat) pour que l’enfant teste son idée avant de choisir une formation
  • Accepter que le chemin ne sera pas linéaire — et que c’est OK

À ne pas faire

  • Ne pas dire « ça n’existe pas » — même si c’est vrai aujourd’hui, ça existera peut-être dans 3 ans, et l’enfant sera en position de le créer s’il a les bonnes compétences
  • Ne pas imposer un « vrai métier » en remplacement — ça crée du ressentiment et ça ne résout rien
  • Ne pas comparer avec les enfants des autres (« le fils de Nathalie fait médecine, lui ») — chaque profil est unique
  • Ne pas paniquer — un lycéen qui a un projet créatif et la motivation de le poursuivre a plus de chances de réussir qu’un lycéen qui fait médecine « par défaut »

À retenir

  • Un projet « qui n’existe pas » est souvent un métier en construction — pas une fantaisie.
  • La méthode : décomposer le projet en briques de compétences, puis trouver les formations qui développent ces briques.
  • L’enfant n’a pas besoin d’une formation qui enseigne son métier rêvé — il a besoin des outils pour le construire.
  • Sciences Po, doubles-licences, BUT MMI, écoles de création numérique, et Pépite sont les 5 voies les plus adaptées aux profils atypiques.
  • Le chemin sera non linéaire — et c’est la norme dans les métiers créatifs et numériques.
  • Le rôle du parent : écouter, décomposer, encourager — pas juger, imposer, ou paniquer.

Pour aller plus loin


Article rédigé par Mathieu Choplain, co-fondateur d’Axiom Academic. Mathieu accompagne des familles dans la construction de projets d’orientation atypiques, y compris quand le projet de l’enfant n’entre dans aucune case.

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